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Les papiers rouges |
Cueillis,
aux matins de mai, offerts, aux mains étrangères, |
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Ils devaient être sacrifiés mais ils dansaient froissés dans les farandoles de la fumée, porteuses de messages interdits à l’odeur de lettres brulées. Les yeux de l’Enfant s’accrochaient aux papiers d’encre clandestine, destinés à s’apaiser à quelques pas de Lui. L’Enfant s’agitait follement comme le vent, arrachant les feuilles qu’il brassait corps à corps avec sa Mère, Leur chair rosie dans un air surchauffé. |
Dans un dernier jeu sans joie comme aux matins d’automne, le temps semblait Les presser, de gré forcé : ne leur laisser aucune trace, qu’ils ne reviennent pas. Lorsque les mots cessèrent de crépiter, rivés sur les feuilles naissantes s’agglutinant irrésistiblement dans un bouquet presque verdoyant, le regard de l’Enfant se noyait dans le flot des images de son Père, cueilli au premier mai, offert aux mains étrangères. Parcourant une Lorraine blessée, un anonyme porteur de papiers était immobilisé dans sa course vagabonde, à l’injonction compromise de deux pairs. On n’écrit pas la résistance entre les lignes, fussent-elles dressées par nos pareils, chaque faute sera émargée, l’accent mal accroché noté étranger, on condamnera les mots martelés de rouge. L’homme apprit l’horreur, reconnu ses Frères de couleur et ses Soeurs, perdant l’honneur. A l’heure de mai, d’un matin sans fin et sans adieu, l’Enfant apprit l’amour volé d’un Père, mains enchaînées, corps tiré, visage altier. - Sans retour - Ultime épreuve clandestine, quête de survie, instinct d’une Mère, la Femme percée dans le secret de son cœur, s’effondrera à chaque embrasée. Puisque les feuilles mourront deux fois, brulées jusque l’encre interdite, sans elles s’effaceront les souvenirs, c’était Leur vérité. Mais l’Enfant enraciné dans sa peur savait que les arbres ne cesseraient de trembler. Au 3, la rue « de la Renaissance » abandonnée d’un de ses Gamins, s’était tue, complicité mal entendue, mue dans une odeur de terreur. Diminuée dans sa moitié, interdite de résister plus qu’une fleur coupée, Elle ne lui restera qu’un jour à donner tout le sang de son être, plus qu’un jour à s’ouvrir si fort et transmettre à son Fils le parfum de la vie. - Sans amour - Combien d’Enfants à qui ils ont volé un Père, une Mère, Ceux-là mêmes qui écrivirent notre Liberté, combien furent Leurs peines à dissimuler Leur fatalité, quelle folle idée ces actes d’encre!!! ils reviendront sans frapper, âme et vêture noires, et l’Enfant s'émouvoir pour sa Mère emportée. Cueillis aux matins de mai, offerts aux mains étrangères, séquestrés au-delà de nos frontières, exécutés d’une sentence meurtrière. - Ni retour Ni amour - |
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Antoine, arrété à Jarny le 1 mai 1942, exécuté le 4-10-1943 à Klingelputz, NN. Suzanne, arrétée à Jarny le 3 mai 1942, éxécutée le 20-01-1944 à Dortmund, NN Leur fils, mon père, 1926-2006. |